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Malgré les débuts contrastés de l’EES, l’ETIAS reste attendu pour fin 2026

Le système européen d’entrée-sortie, l’EES, est désormais pleinement appliqué aux frontières extérieures de l’espace Schengen, mais son fonctionnement reste très inégal selon les points de passage. Malgré ces débuts laborieux, l’autorisation européenne de voyage ETIAS reste attendue au dernier trimestre 2026.

Rédigé par VisasNews

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Malgré les débuts contrastés de l’EES, l’ETIAS reste attendu pour fin 2026
Le lancement d’ETIAS reste prévu au dernier trimestre 2026, malgré un déploiement encore très contrasté de l’EES aux frontières européennes © Depositphotos

Depuis le 10 avril 2026, les ressortissants de pays tiers voyageant pour de courts séjours dans l’espace Schengen doivent, en principe, être enregistrés dans l’EES (pour Entry/Exit System) lors de leur passage à la frontière.

Le dispositif prévoit notamment la collecte d’une image faciale et de quatre empreintes digitales lors du premier enregistrement, puis des contrôles allégés lors des passages suivants. Pour les voyageurs britanniques, américains, australiens ou encore canadiens, cette nouvelle étape marque un changement important dans les formalités d’entrée en Europe.

Dans le podcast voyage de The Independent, le Dr Nick Brown, spécialiste des systèmes européens et ancien professionnel de l’informatique auprès d’organismes internationaux, décrit une mise en œuvre très variable selon les pays et les aéroports.

« Grâce à des plans ambitieux dans certaines régions, l’EES fonctionne parfaitement bien. Dans d’autres, ce n’est pas le cas », explique-t-il, évoquant à la fois des erreurs d’organisation nationales et, dans certains cas, un « chaos technologique ».

À Palma, un EES jugé fluide et bien organisé

L’expert prend l’exemple de l’aéroport de Palma de Majorque, où il réside, pour illustrer un déploiement réussi. Selon lui, les bornes et les eGates y permettent aux voyageurs d’effectuer les formalités sans difficulté particulière, à condition d’utiliser correctement leur passeport.

« Quand je me rends à l’aéroport de Palma, tout semble très, très bien organisé et géré. Les machines fonctionnent. Les gens fournissent les “bonnes” données biométriques », observe Nick Brown. Avant un vol vers Londres, il indique avoir réalisé une « petite étude des temps et des mouvements » pour mesurer concrètement la durée du passage.

D’après son observation, l’enregistrement pouvait prendre environ 45 secondes lorsque le voyageur présentait la bonne page du passeport au lecteur. « Quelques personnes regardaient autour d’elles en demandant : “C’est tout ?” Et le personnel d’accueil, très serviable, répondait : “Oui, c’est bon” », rapporte-t-il.

La borne ne constitue toutefois qu’une première étape. « Ensuite, vous vous rendez à l’eGate, car le kiosque ne fait que préenregistrer vos données biométriques. C’est l’eGate qui vous autorise réellement à entrer en Espagne », précise-t-il. Pour Nick Brown, cet exemple montre qu’une mise en œuvre efficace est possible lorsque les équipements, le personnel et l’organisation sont correctement coordonnés.

Des difficultés persistantes dans certains aéroports

La situation apparaît beaucoup plus compliquée dans d’autres points de passage…

L’expert cite notamment Milan, où des difficultés ont été signalées dans les trois aéroports desservant la ville. « Milan semble improviser au fur et à mesure », estime-t-il, en critiquant la prise systématique d’empreintes digitales de voyageurs déjà enregistrés à leur arrivée.

Ces dysfonctionnements illustrent l’un des principaux défis de l’EES : l’ajout de formalités biométriques peut rapidement allonger le temps passé à la frontière lorsque les flux de voyageurs sont importants ou lorsque les procédures ne sont pas bien maîtrisées.

Dans certains cas, la collecte des données biométriques peut être temporairement suspendue lorsque les files d’attente deviennent trop importantes. Pour Nick Brown, cette flexibilité n’est pas anormale. « Les règles sont en fait conçues de telle sorte qu’il n’y a absolument aucun problème si vous ne fournissez pas vos données biométriques à une occasion ou à une autre », explique-t-il.

L’objectif du système reste que la grande majorité des voyageurs concernés soient enregistrés ou vérifiés lors de la plupart de leurs passages. « Nous ne gérons pas un programme nucléaire ici », résume l’expert, en rappelant que les États membres disposent d’une certaine marge d’adaptation dans la mise en œuvre opérationnelle.

Un système conçu avant le Brexit

Nick Brown rappelle aussi que la conception de l’EES est antérieure au Brexit. La législation européenne sur le système d’entrée-sortie a été adoptée avant que le Royaume-Uni ne quitte l’Union européenne et ne devienne, pour les courts séjours dans l’espace Schengen, un pays tiers.

Cette évolution a considérablement élargi le nombre de voyageurs concernés par le dispositif, notamment aux frontières très fréquentées par les Britanniques. « L’EES n’a jamais été conçu pour être mis en œuvre dans 400 aéroports », estime-t-il. Selon lui, le système avait plutôt été pensé pour quelques dizaines de grands aéroports accueillant principalement des vols en provenance du Golfe, d’Amérique du Nord ou d’autres régions hors Europe.

Cette réalité explique en partie les difficultés actuelles. L’EES n’est pas seulement un nouvel outil informatique ; il impose aussi une réorganisation concrète des flux de passagers, des équipements de contrôle, de la formation du personnel et de la coordination entre autorités nationales, aéroports et transporteurs.

L’ETIAS toujours attendu au dernier trimestre 2026

Malgré ces ratés, Nick Brown ne pense pas que l’Union européenne repoussera nécessairement le lancement de l’ETIAS (pour European Travel Information and Authorisation System). Cette autorisation de voyage électronique, destinée aux ressortissants exemptés de visa Schengen, doit constituer la prochaine grande étape de la numérisation des formalités d’entrée en Europe.

« Je pense que l’UE déclarera l’EES comme un succès, et qu’elle maintiendra donc cette date », avance-t-il. Le calendrier officiel prévoit toujours une mise en service de l’ETIAS au dernier trimestre 2026.

L’ETIAS ne sera pas un visa, mais une autorisation de voyage électronique à obtenir avant le départ pour les voyageurs qui n’ont pas besoin de visa de court séjour. Son fonctionnement sera comparable, dans son principe, à l’ESTA américain ou à l’ETA britannique. L’autorisation coûtera 20 € et pourra être valable jusqu’à trois ans, ou jusqu’à l’expiration du passeport utilisé pour la demande.

Une période de transition avant l’obligation effective

L’expert invite toutefois les voyageurs à ne pas s’inquiéter trop tôt. Même si l’ETIAS est lancé fin 2026, son obligation ne devrait pas être immédiate pour tous les voyageurs.

« Personne ne doit toutefois s’en inquiéter outre mesure, car d’une part, cette date pourrait être repoussée. D’autre part, il y aura une période de mise en place de six mois pendant laquelle l’ETIAS ne sera pas exigé », rappelle Nick Brown.

Il illustre cette période transitoire par un exemple concret. Si l’ETIAS entrait en vigueur le 1er octobre 2026, les voyageurs ne devraient pas nécessairement en disposer dès ce jour-là pour embarquer vers l’Europe. « Vous disposerez donc de six mois pour l’obtenir. Sur cette base, vous n’en aurez en réalité pas besoin pour monter à bord de l’avion avant le 1er avril [2027] », estime-t-il.

Cette période de transition sera essentielle pour les voyageurs, les compagnies aériennes, les agences de voyages et les autorités frontalières. Elle doit permettre d’éviter une rupture brutale dans les procédures d’embarquement et de laisser le temps aux voyageurs exemptés de visa de s’habituer à cette nouvelle formalité.

L’ETIAS pourrait même fluidifier certains contrôles

Contrairement à l’EES, qui intervient directement au moment du passage à la frontière, l’ETIAS sera vérifié avant le départ. Les compagnies aériennes et autres transporteurs devront s’assurer que les voyageurs concernés disposent bien d’une autorisation valide avant de les laisser embarquer.

« Comme pour l’ESTA américain, et comme pour l’ETA britannique, si vous n’avez pas d’ETIAS, on ne vous laissera pas monter à bord de l’avion », rappelle Nick Brown.

Selon lui, cette vérification en amont pourrait même contribuer à fluidifier certains contrôles à l’arrivée. « Cela pourrait même accélérer le processus EES, car les passeports de toutes les personnes qui atterrissent seront déjà enregistrés dans l’EES. Cela pourrait donc accélérer un peu les choses », estime-t-il.

Pour les voyageurs, la distinction entre les deux dispositifs reste donc essentielle. L’EES est un système d’enregistrement aux frontières, géré au moment de l’entrée et de la sortie. L’ETIAS sera une autorisation électronique préalable au voyage, demandée en ligne avant le départ par les ressortissants exemptés de visa.

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