Les démarches administratives nécessaires pour entrer dans un pays peuvent-elles décourager les voyageurs au point de leur faire envisager une autre destination ?
C’est l’un des principaux enseignements de l’enquête mondiale 2026 auprès des passagers (Global Passenger Survey), dont les résultats ont été dévoilés le 28 octobre à Macao par l’Association du transport aérien international (IATA).
Réalisée à partir de plus de 10 000 réponses recueillies dans plus de 200 pays, cette étude met en évidence un contraste : alors que les voyageurs adoptent de plus en plus les outils numériques pour organiser leurs déplacements et faciliter leur passage dans les aéroports, les exigences de visa et d’immigration continuent de représenter un obstacle important.
Les formalités d’entrée découragent 43 % des voyageurs
Selon l’IATA, 43 % des passagers interrogés déclarent avoir été dissuadés de visiter une destination en raison de ses exigences d’immigration, contre 33 % en 2025.
Cette progression de 10 points en un an illustre le poids que peuvent avoir les démarches administratives sur les décisions de voyage.
La complexité des procédures apparaît comme la principale difficulté. Parmi les personnes ayant été découragées par les exigences d’entrée, 53 % citent des formalités trop complexes, loin devant le coût des démarches (17 %) et les préoccupations concernant la confidentialité des données personnelles (17 %).
Les résultats révèlent également des différences importantes selon les régions du monde.
En Afrique, 52 % des voyageurs interrogés déclarent avoir été dissuadés de visiter une destination par les exigences d’immigration, soit la proportion la plus élevée de l’enquête. Ce taux atteint 49 % en Asie-Pacifique, 43 % au Moyen-Orient et 41 % en Amérique latine et dans les Caraïbes.
En Europe, 38 % des répondants indiquent avoir rencontré ce frein, contre 35 % en Amérique du Nord, la région où les exigences d’immigration ont le moins découragé les voyageurs interrogés.
Ces chiffres montrent que les formalités d’entrée peuvent constituer un enjeu pour l’attractivité touristique des destinations, au-delà de leur seule dimension administrative.
Six voyageurs sur dix préfèrent demander leur visa en ligne
L’enquête confirme une préférence marquée pour la dématérialisation des procédures de visa.
À l’échelle mondiale, 60 % des voyageurs préfèrent effectuer leur demande de visa en ligne, tandis que 25 % privilégient une démarche en personne auprès d’une ambassade ou d’un consulat.
Les passagers se montrent également favorables à une anticipation des contrôles d’immigration :
- 86 % seraient disposés à transmettre leurs informations d’immigration par voie numérique avant leur départ afin d’accélérer les procédures, contre 83 % en 2025.
- 45 % préféreraient accomplir les formalités d’immigration avant même de rejoindre l’aéroport, contre 41 % l’année précédente.
Pour l’IATA, ces attentes confirment l’intérêt des visas électroniques (e-Visas), mais soulignent aussi les limites des dispositifs actuellement utilisés.
L’association rappelle que plus d’une centaine de pays délivrent désormais des e-Visas, sans qu’il existe pour autant de méthode véritablement harmonisée permettant aux compagnies aériennes de vérifier leur validité.
Cette difficulté avait déjà été soulevée par l’organisation en septembre dernier, comme l’expliquait VisasNews dans son article consacré aux problèmes de vérification des visas électroniques par les compagnies aériennes.
Nick Careen, vice-président principal de l’IATA chargé des opérations, de la sécurité et de la sûreté, appelle ainsi les gouvernements à adopter des normes communes pour faciliter le contrôle des documents numériques.
« Plus de 100 pays délivrent des visas électroniques, mais il y a peu de cohérence dans la façon de les vérifier. Les outils pour régler ce problème existent déjà, et les gouvernements devraient les adopter », explique M. Careen.
L’objectif est de permettre aux voyageurs de bénéficier de démarches simplifiées, tout en garantissant aux compagnies aériennes et aux autorités frontalières une vérification fiable des autorisations délivrées.
Le passeport numérique et la biométrie séduisent les voyageurs
Au-delà des visas, l’enquête montre un intérêt croissant pour les technologies permettant de réduire les contrôles documentaires répétitifs.
Ainsi, 84 % des passagers interrogés souhaiteraient pouvoir utiliser un passeport numérique lors de leur enregistrement en ligne, plutôt que de présenter leur passeport physique.
Par ailleurs, 82 % accepteraient de partager un passeport numérique avec leur compagnie aérienne après le paiement de leur réservation, notamment pour obtenir des informations personnalisées sur les exigences de visa applicables à leur voyage.
La biométrie gagne également du terrain dans les aéroports.
En 2026, 58 % des passagers déclarent avoir utilisé une technologie biométrique au moins une fois au cours des douze derniers mois, contre 50 % en 2025.
Parmi ceux ayant expérimenté ces dispositifs, 87 % se disent satisfaits de leur expérience.
Plus largement, 78 % des voyageurs seraient disposés à partager leurs données biométriques si cela leur permettait d’éviter de présenter systématiquement leur passeport ou leur carte d’embarquement aux différents points de contrôle.
Ces attentes rejoignent les projets visant à rendre les contrôles aux frontières moins visibles grâce à l’identification biométrique et aux vérifications anticipées.
Toutefois, la protection des données personnelles demeure un sujet sensible : 59 % des répondants mentionnent les risques de violation de données parmi leurs préoccupations concernant la biométrie.
L’intérêt exprimé pour le passeport numérique ne signifie donc pas que celui-ci puisse déjà remplacer systématiquement le document physique lors des voyages internationaux.
Près d’un voyageur sur deux utilise l’intelligence artificielle pour préparer ses déplacements
L’intelligence artificielle prend également une place importante dans l’organisation des voyages.
Selon l’enquête de l’IATA, 49 % des passagers interrogés ont déjà utilisé l’IA pour planifier un déplacement.
Les usages concernent principalement la recherche de vols vers une destination précise (21 %), la recherche des billets les moins chers (19 %) et la recherche d’inspiration pour choisir une destination (17 %).
Cette adoption varie sensiblement selon les régions.
Au Moyen-Orient, 72 % des voyageurs déclarent avoir utilisé l’intelligence artificielle pour préparer un voyage, contre seulement 35 % en Europe, où son utilisation demeure la plus faible des régions étudiées.
Pour l’IATA, cette évolution représente également un enjeu commercial pour les compagnies aériennes.
Nick Careen estime que les transporteurs doivent désormais veiller à ce que leurs offres soient visibles dans les outils d’intelligence artificielle, mais aussi développer des passerelles permettant aux voyageurs de passer plus facilement d’une recherche conversationnelle à une réservation effective.
L’IA prend ainsi sa place aux côtés des moteurs de recherche et des plateformes traditionnelles de réservation dans la préparation des déplacements.
L’Europe plus prudente face aux nouvelles technologies de voyage
L’enquête de l’IATA met également en évidence des attitudes différentes selon les régions concernant l’adoption des technologies numériques.
Les voyageurs européens figurent parmi les plus réservés.
Seuls 47 % d’entre eux déclarent avoir utilisé la biométrie au cours de l’année écoulée, contre 58 % à l’échelle mondiale.
De même, 79 % des Européens se disent intéressés par l’utilisation d’un passeport numérique pour l’enregistrement en ligne, contre 84 % au niveau mondial.
À l’inverse, les voyageurs du Moyen-Orient manifestent le plus grand intérêt pour cette solution, avec 91 % de répondants favorables à l’utilisation du passeport numérique lors de l’enregistrement.
En Amérique du Nord, les voyageurs sont les plus nombreux à avoir expérimenté la biométrie au cours des douze derniers mois (63 %), mais également les plus préoccupés par les risques de violation de données personnelles.
En Afrique, l’utilisation de la biométrie reste relativement limitée (49 %), alors que l’intérêt pour les solutions numériques de voyage figure parmi les plus élevés au monde.
Ces différences régionales montrent que l’adoption des nouvelles technologies ne progresse pas au même rythme partout, malgré un intérêt globalement important pour des déplacements plus fluides.
Pour l’IATA, les gouvernements ont désormais un rôle essentiel à jouer, non seulement dans la délivrance et l’acceptation des documents de voyage numériques, mais aussi dans la simplification des exigences d’entrée.
L’enjeu est de répondre aux attentes des voyageurs sans multiplier les procédures ni les vérifications redondantes.
L’éclairage VisasNews
Les résultats de l’enquête 2026 de l’IATA montrent que les formalités d’entrée ne sont pas seulement une contrainte administrative : elles peuvent aussi influencer le choix des destinations. Alors que les voyageurs adoptent l’intelligence artificielle pour organiser leurs déplacements et manifestent un intérêt croissant pour les passeports numériques et la biométrie, la complexité des procédures de visa et d’immigration reste un frein important. La dématérialisation constitue une réponse, à condition que les démarches soient accessibles, compréhensibles et que les systèmes de vérification puissent communiquer efficacement entre eux. Pour les voyageurs, la simplicité des formalités demeure aussi importante que leur numérisation.







