L’aviation africaine peut-elle devenir un moteur plus puissant de croissance, de tourisme et d’intégration régionale ? C’est le message porté par l’Association du transport aérien international (IATA), qui a appelé les gouvernements africains à considérer le transport aérien comme une infrastructure économique stratégique.
Actuellement réunie à Addis-Abeba, en Éthiopie, dans le cadre de sa conférence Focus Africa, l’organisation estime qu’une stratégie aérienne mieux coordonnée pourrait soutenir l’emploi, faciliter les échanges, renforcer le tourisme et améliorer les connexions entre pays africains. L’IATA insiste toutefois sur plusieurs freins encore persistants, allant de la sécurité opérationnelle au coût des billets, en passant par la fiscalité, les redevances, la durabilité énergétique et les formalités de voyage.
« L’aviation constitue une infrastructure économique pour l’Afrique. Sa valeur réside dans les avantages à long terme qu’elle apporte », a déclaré Kamil Alawadhi, vice-président régional de l’IATA pour l’Afrique et le Moyen-Orient. Selon lui, « une stratégie aérienne axée sur la sécurité, la compétitivité des coûts, la sécurité énergétique et la durabilité, ainsi que la facilité de faire des affaires, permettra de créer des emplois, de favoriser les échanges commerciaux, de soutenir le tourisme et de renforcer l’intégration régionale ».
L’IATA défend ainsi une approche dans laquelle l’aviation n’est pas seulement considérée comme un secteur à taxer, mais comme un outil de développement. « La prospérité ainsi générée permettra aux gouvernements de faire progresser le développement social et économique de manière plus durable que n’importe quelle taxe qui pourrait être prélevée auprès des voyageurs », a ajouté Kamil Alawadhi.
Une stratégie aérienne autour de quatre priorités, dont la réduction du poids des visas
✈️ At the Focus Africa Conference in Addis Ababa, IATA called to prioritize aviation as a strategic enabler of economic and social development.
— IATA (@IATA) April 29, 2026
A strong aviation sector delivers long-term benefits, and focused strategy is needed across 4️⃣ key pillars.
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Dans son communiqué, l’IATA invite les gouvernements africains à agir autour de quatre grands axes.
Le premier concerne la sécurité aérienne, un domaine dans lequel le continent a progressé, mais où l’écart avec la moyenne mondiale reste important. L’organisation indique que le taux d’accidents en Afrique est passé de 12,13 à 7,86 par million de secteurs entre 2024 et 2025, tout en restant supérieur à la moyenne mondiale de 1,32.
Le deuxième axe porte sur la compétitivité des coûts. L’IATA estime que les taxes et redevances imposées par les gouvernements et les fournisseurs d’infrastructures pèsent environ 15 % de plus en Afrique que la moyenne mondiale. Elle cite notamment certaines redevances liées aux données passagers API-PNR, ainsi que la décision prise en décembre 2025 par la CEDEAO de supprimer des taxes aériennes et de réduire certaines charges de 25 %.
Le troisième axe concerne la facilité de faire des affaires. L’IATA met en avant la question des fonds bloqués, c’est-à-dire les revenus des compagnies aériennes qui ne peuvent pas être rapatriés librement. Selon l’organisation, les pays africains représentent la part la plus importante des fonds bloqués dans le monde, avec 774 millions de dollars concernés à la fin du mois de mars 2026.
L’IATA consacre notamment une partie de son appel à la réduction du poids des visas.
L’organisation rappelle que près de la moitié des voyages intra-africains nécessitent encore un visa avant le départ, une situation qui limite la mobilité régionale, le tourisme et l’intégration économique. Selon elle, les pays ayant assoupli leurs exigences ont observé des flux touristiques plus solides, des liaisons aériennes plus résilientes et une utilisation accrue des services aériens régionaux.
Des formalités qui pèsent aussi sur les compagnies africaines
Cette position rejoint les appels récents de la Banque africaine de développement et de la Commission de l’Union africaine en faveur d’une Afrique sans visa.
Lors d’un symposium organisé en marge du 39e Sommet de l’Union africaine en février dernier, les participants ont estimé que les régimes de visas restrictifs continuaient de freiner le commerce des services, les flux d’investissement, le tourisme et la mobilité de la main-d’œuvre, alors même que la Zone de libre-échange continentale africaine vise à faciliter les échanges. Ils ont aussi souligné que la libre circulation nécessiterait une harmonisation des politiques migratoires, des systèmes d’identité numérique, des infrastructures frontalières et un engagement politique durable.
Mesfin Bekele, le directeur général du groupe Ethiopian Airlines, a ainsi déclaré que plus de 35 % des passagers voyageant entre l’Afrique et le reste du monde sont transportés par des compagnies aériennes non africaines, tandis que les compagnies africaines ne représentent qu’environ 30 % de cette part de marché. Pour lui, l’assouplissement des formalités pourrait donc contribuer à rééquilibrer une partie de cette dynamique. « La suppression des obligations de visa augmenterait considérablement le nombre d’Africains voyageant sur le continent, ce qui créerait une demande plus forte pour les services aériens intra-africains », a-t-il déclaré.
Ras Mubarak, le responsable de la campagne « Trans-Africa Tourism and Unity Campaign », a pour sa part exhorté les gouvernements à accélérer la ratification du Protocole de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes et à projeter une image plus positive du continent. Il a indiqué que seuls quatre pays africains, à savoir Sao Tomé-et-Principe, le Rwanda, le Nigeria et le Mali, ont ratifié le protocole. « Si nous voulons vraiment parvenir à une Afrique sans visa d’ici 2030, davantage de pays doivent montrer l’exemple », a-t-il déclaré, citant l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria, l’Égypte et l’Afrique du Sud comme acteurs clés.
Au-delà de la mobilité des voyageurs, Ras Mubarak présente aussi la libre circulation comme un enjeu économique. « Lorsque les personnes circulent librement, les gouvernements perdent certes des recettes provenant des frais de visa, mais cela est compensé par le taux d’occupation des hôtels, l’activité commerciale et les emplois créés », a-t-il expliqué. « Un dollar dépensé hors d’Afrique est un dollar qui appauvrit notre population et coûte des emplois à la jeunesse africaine ».
L’enjeu n’est donc pas seulement de faciliter les voyages touristiques. Pour l’IATA comme pour plusieurs acteurs africains du transport aérien et de l’intégration régionale, la réduction des obstacles aux visas doit aussi permettre aux entrepreneurs, investisseurs, professionnels et opérateurs économiques de se déplacer plus facilement à l’intérieur du continent.
Des coûts élevés qui pèsent sur la connectivité
Pour l’IATA, les restrictions de visas s’ajoutent à d’autres freins qui pèsent sur la connectivité africaine.
L’organisation pointe aussi la pression exercée par les taxes, les frais réglementaires et certaines charges administratives sur le prix final des billets. Dans un marché où la demande intra-africaine reste fragile, ces coûts peuvent limiter l’ouverture de nouvelles liaisons ou fragiliser des routes existantes.
L’organisation appelle donc à une approche plus favorable à la compétitivité, afin de rendre le transport aérien plus accessible. Selon l’IATA, une aviation moins coûteuse et plus fluide permettrait de soutenir les échanges commerciaux, les déplacements professionnels et le tourisme régional, tout en renforçant l’intégration économique du continent.
Le dernier volet de l’appel de l’IATA concerne la durabilité et la sécurité énergétique.
L’organisation estime que l’Afrique dispose d’un potentiel important dans la production de carburants d’aviation durables, notamment à partir de résidus agricoles, de déchets forestiers et de déchets municipaux. Elle souligne que l’Afrique subsaharienne pourrait fournir jusqu’à 106 millions de tonnes de matières premières adaptées à la production de carburants durables d’ici 2050.
L’IATA invite aussi les gouvernements africains à s’engager davantage dans le mécanisme CORSIA, le dispositif international destiné à gérer l’impact climatique de l’aviation. Selon l’organisation, le continent pourrait tirer parti de ce cadre pour générer des financements climatiques, à condition de mettre en place les politiques et infrastructures nécessaires.



