Antigua-et-Barbuda a révélé début juillet l’existence d’une demande formelle de la Commission européenne visant son programme de citoyenneté par investissement.
Dans une lettre datée du 25 juin 2026 et signée par le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, Bruxelles aurait demandé au gouvernement antiguayen de supprimer progressivement ce dispositif d’ici au 1er juin 2028.
Selon Antigua-et-Barbuda, quatre autres pays des Caraïbes orientales ont reçu une communication similaire : la Dominique, la Grenade, Saint-Christophe-et-Niévès et Sainte-Lucie. La lettre européenne n’a cependant pas été rendue publique par la Commission.
Une période de transition jusqu’au 1er juin 2028
La Commission européenne aurait proposé une période de transition de 24 mois avant la fermeture des programmes concernés.
D’ici à septembre 2026, les cinq gouvernements seraient également invités à renforcer les procédures de vérification appliquées aux candidats à la citoyenneté et à exclure systématiquement les personnes visées par des mesures restrictives de l’Union européenne.
La réponse d’Antigua-et-Barbuda devrait ensuite être prise en compte dans le prochain rapport de la Commission consacré au mécanisme de suspension de l’exemption de visa, attendu en décembre 2026.
Cette échéance du 1er juin 2028 ne correspond pas à la date annoncée d’une suppression automatique de l’exemption de visa. Elle représente, selon le gouvernement antiguayen, la date à laquelle la Commission souhaite voir disparaître les programmes de citoyenneté par investissement.
Cinq pays actuellement exemptés de visa Schengen
Les pays concernés sont :
- Antigua-et-Barbuda ;
- la Dominique ;
- la Grenade ;
- Saint-Christophe-et-Niévès ;
- Sainte-Lucie.
Leurs ressortissants peuvent actuellement se rendre sans visa dans l’espace Schengen pour des séjours ne dépassant pas 90 jours sur toute période de 180 jours. Ces cinq États figurent toujours parmi les pays exemptés de l’obligation de visa dans la réglementation européenne. Lors de la mise en service de l’ETIAS en 2027, leurs ressortissants devront donc en principe obtenir cette autorisation de voyage électronique, à condition que leur exemption de visa soit toujours maintenue.
Leurs programmes de citoyenneté par investissement, parfois appelés « passeports dorés », permettent à des ressortissants étrangers d’obtenir la nationalité en réalisant un investissement ou une contribution financière prédéterminée.
Pour l’Union européenne, ces dispositifs peuvent permettre à des personnes normalement soumises à l’obligation de visa d’acquérir un passeport donnant accès à l’espace Schengen sans avoir de lien réel avec le pays qui leur accorde sa citoyenneté.
Un nouveau motif de suspension de l’exemption de visa
Depuis le 30 décembre 2025, le mécanisme européen de suspension de l’exemption de visa a été renforcé.
L’exploitation d’un programme de citoyenneté par investissement constitue désormais, à elle seule, un motif susceptible de déclencher le mécanisme. La Commission n’est donc plus nécessairement tenue de démontrer au préalable une augmentation de l’immigration irrégulière ou une défaillance précise dans les contrôles de sécurité.
Le règlement européen ne supprime cependant pas automatiquement l’exemption de visa des pays qui proposent de tels programmes. Une suspension devrait faire l’objet d’une procédure et d’une décision européenne distinctes.
Cette évolution donne néanmoins à Bruxelles un levier supplémentaire dans ses discussions avec les gouvernements caribéens.
Environ 107 000 passeports délivrés par les cinq programmes
Dans son huitième rapport sur le mécanisme de suspension de l’exemption de visa, publié en décembre 2025, la Commission européenne estimait qu’environ 107 000 passeports avaient été accordés par les cinq pays dans le cadre de leurs programmes de citoyenneté par investissement.
Les autorités caribéennes avaient enregistré 13 113 demandes en 2023 et 10 573 en 2024. La Commission relevait également des délais de traitement courts et des taux de refus jugés faibles, notamment 1,7 % à Antigua-et-Barbuda, 5,3 % à Sainte-Lucie et 6,5 % en Dominique en 2024.
Les cinq gouvernements ont depuis harmonisé le seuil minimal d’investissement à 200 000 dollars américains, renforcé certains contrôles et adopté des normes communes en matière de transparence et de partage d’informations.
Ces évolutions n’ont toutefois pas suffi à lever les préoccupations européennes. La Commission considère toujours que l’exploitation de ces programmes par des pays exemptés de visa représente un risque pour la sécurité de l’espace Schengen.
Les gouvernements caribéens préparent une réponse commune
Les dirigeants des cinq États concernés se sont réunis le 10 juillet 2026 à Roseau, en Dominique, afin d’examiner la communication de la Commission et de coordonner leur réponse.
Dans une déclaration commune publiée trois jours plus tard, ils ont rappelé que les recettes générées par les programmes finançaient notamment les infrastructures, la santé, l’éducation, le logement, la reconstruction après les catastrophes et les politiques de résilience climatique.
Ils ont convenu d’engager une mission diplomatique de haut niveau à Bruxelles et de rechercher avec l’Union européenne des « solutions équilibrées et durables ». Les gouvernements souhaitent que toute transition soit accompagnée de nouvelles sources de financement et d’un renforcement de la coopération économique avec l’Europe.
Antigua-et-Barbuda a, de son côté, prévenu que son programme continuerait de fonctionner pendant les discussions. Le gouvernement le présente comme un pilier essentiel de ses recettes non fiscales et estime qu’il ne peut être abandonné sans solution économique de remplacement. Il affirme néanmoins vouloir renforcer les contrôles et poursuivre un dialogue constructif avec la Commission européenne.
L’éclairage VisasNews
L’échéance du 1er juin 2028 ne constitue pas, à ce jour, la date d’entrée en vigueur d’un visa Schengen pour les ressortissants des cinq pays concernés. Elle correspond à la date à laquelle la Commission européenne souhaite, selon Antigua-et-Barbuda, voir disparaître leurs programmes de citoyenneté par investissement. Toute suspension de l’exemption de visa devrait faire l’objet d’une décision européenne distincte. Les conditions de voyage restent donc inchangées pour le moment.







