Les formalités d’entrée aux États-Unis se sont invitées à la Maison-Blanche.
Le président américain Donald Trump a rencontré, mercredi 2 septembre, plusieurs dirigeants de grandes entreprises du voyage et du tourisme afin d’échanger sur les moyens d’accroître le nombre de visiteurs internationaux dans le pays.
La Maison-Blanche a officiellement rendu compte de cette rencontre, à laquelle ont notamment participé des représentants d’American Airlines, Hilton, Marriott, IHG Hotels & Resorts, Booking.com, MGM Resorts, Caesars Entertainment, The Venetian, Hard Rock International ou encore Carnival.
La réunion intervient alors que le tourisme international américain peine à retrouver une dynamique durable malgré l’effet ponctuel de la Coupe du monde de football organisée cet été en Amérique du Nord.
Un objectif de 100 millions de visiteurs internationaux par an
À l’issue de la rencontre, Geoff Freeman, président et CEO de la U.S. Travel Association, a fixé une ambition : porter à 100 millions par an le nombre de visiteurs internationaux aux États-Unis d’ici 2030.
Dans un communiqué publié après la réunion, l’organisation professionnelle estime qu’atteindre cet objectif pourrait générer 81 milliards de dollars de dépenses supplémentaires et soutenir plus de 400 000 emplois aux États-Unis.
Lors de la rencontre, Geoff Freeman a formulé l’ambition de façon encore plus directe : faire des États-Unis la destination la plus visitée au monde. Il a alors cité la France, qui occupe actuellement cette position, et appelé l’industrie et l’administration à travailler ensemble pour lui ravir cette place.
Le défi est important. Selon les dernières données du National Travel and Tourism Office (NTTO), organisme dépendant du Département américain du Commerce, les États-Unis ont accueilli 68,3 millions de visiteurs internationaux en 2025. Le NTTO prévoit actuellement 70,5 millions d’arrivées en 2026 et environ 85,2 millions en 2030, soit sensiblement moins que le nouvel objectif défendu par l’industrie.
D’après Reuters, malgré le coup d’accélérateur apporté par la Coupe du monde cet été, le nombre de visiteurs en provenance des marchés internationaux hors Canada et Mexique reculait encore de 4,7 % sur les sept premiers mois de 2026.
Washington revendique des progrès sur les visas et le parcours des voyageurs
Au cours de la réunion, Donald Trump a lui-même placé les visas parmi les leviers utilisés par son administration pour soutenir l’activité touristique.
Le président américain a affirmé que son administration avait réduit de 40 % les délais d’attente pour les visas au cours de la saison touristique écoulée. Il a également mis en avant l’accélération des correspondances entre vols internationaux et intérieurs grâce au programme pilote One Stop Security, ainsi qu’un investissement de 12,5 milliards de dollars destiné à moderniser le transport aérien américain.
Geoff Freeman a lui aussi salué les mesures prises « sur le volet des visas » et des contrôles douaniers, qu’il a associées au succès de l’accueil des visiteurs étrangers pendant la Coupe du monde.
Lancé en 2025 par la Transportation Security Administration (TSA), le programme One Stop Security permet à certains voyageurs arrivant aux États-Unis depuis des aéroports étrangers participants de poursuivre leur correspondance intérieure sans passer une nouvelle fois par les contrôles de sûreté de la TSA. Après le passage des formalités d’immigration et de douane, les bagages enregistrés peuvent également être transférés vers le vol suivant sans nouveau contrôle de sûreté. Le dispositif a débuté avec des vols en provenance de Londres-Heathrow à destination de Dallas-Fort Worth et Atlanta.
L’administration met parallèlement en avant les 12,5 milliards de dollars consacrés à la modernisation du système américain de contrôle du trafic aérien, avec notamment le remplacement d’équipements vieillissants, de systèmes de communication et d’infrastructures dans les tours de contrôle. Le secrétaire aux Transports Sean Duffy a indiqué lors de la réunion qu’une nouvelle annonce concernant ce chantier devrait intervenir dans les prochaines semaines.
Les prochains grands événements internationaux restent également au centre de cette stratégie. Après la Coupe du monde 2026, Donald Trump a évoqué les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, en présence de Casey Wasserman, président du comité d’organisation, avec l’objectif de prolonger la dynamique touristique observée cet été.
Délais de visa et caution parmi les freins identifiés
Ces progrès revendiqués par l’administration américaine ne suffisent toutefois pas, selon le secteur touristique, à garantir l’objectif des 100 millions de visiteurs.
D’après Reuters, les professionnels du voyage identifient plusieurs facteurs pesant actuellement sur les arrivées internationales : les délais d’attente pour obtenir un entretien de visa, le prix des billets d’avion, certaines restrictions d’entrée, les droits de douane ainsi que les politiques migratoires américaines.
Mais c’est surtout le Visa Bond Program, le système de caution applicable à certains visas B-1/B-2 de tourisme et d’affaires, qui a été directement pointé du doigt.
« Nous ne pouvons pas atteindre 100 millions de voyageurs avec un programme de caution qui décourage les voyageurs », a déclaré Geoff Freeman à l’issue de la réunion, selon Reuters.
Le responsable de la U.S. Travel Association estime que la mesure a entraîné une baisse d’environ 80 % des arrivées en provenance des 50 pays concernés.
Une caution de visa pouvant atteindre 20 000 dollars
Le sujet est d’autant plus sensible que Washington vient tout juste de pérenniser ce dispositif.
Comme VisasNews le rapportait début août, le Département d’État a transformé le programme expérimental lancé en août 2025 en Visa Bond Program permanent.
Les ressortissants des pays désignés qui sollicitent un visa B-1, B-2 ou B-1/B-2 peuvent désormais se voir imposer une caution de 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars avant la délivrance du visa. Le montant de 15 000 dollars constitue le niveau normalement retenu, avec possibilité pour l’agent consulaire de l’abaisser ou de l’augmenter selon la situation du demandeur.
Le Département d’État maintient actuellement une liste de 50 pays concernés, comprenant notamment l’Algérie, le Cambodge, la Géorgie, le Népal, le Nigeria, le Sénégal, la Tunisie ou encore la Zambie.
Le Département d’État lui-même reconnaît, dans la règle définitive publiée au Federal Register, que le programme a considérablement réduit la demande et le nombre de visas délivrés.
Sur les dix premiers mois de l’expérimentation, environ 20 000 demandes de visa ont été soumises à une obligation de caution et près de la moitié des demandeurs concernés ont finalement choisi de ne pas la verser. Sur la même période, les délivrances de visas B-1/B-2 aux ressortissants des pays participant au programme ont chuté de 83 % par rapport à l’année précédente.
Washington met en avant l’autre conséquence du dispositif : selon les chiffres présentés dans la règle définitive, les 50 pays concernés avaient enregistré 45 488 dépassements de séjour en 2024, contre moins de 50 parmi les titulaires de visas concernés durant les dix premiers mois du programme pilote. Le Département d’État estime que les voyageurs ayant effectivement versé la caution ont, dans leur immense majorité, respecté les conditions de leur visa et de leur séjour.
Aucune modification des règles de visa annoncée à ce stade
La réunion du 2 septembre ne signifie toutefois pas que l’administration Trump s’apprête à supprimer ou assouplir le programme.
Aucune modification des règles de visa ou du Visa Bond Program n’a été annoncée par la Maison-Blanche à l’issue des discussions.
Le communiqué de la U.S. Travel Association se concentre lui aussi sur l’objectif des 100 millions de visiteurs et sur la volonté du secteur de travailler avec l’administration américaine, sans faire état d’un engagement de Donald Trump concernant les visas ou les cautions.
La rencontre met néanmoins en évidence une tension entre deux objectifs affichés à Washington : faciliter l’arrivée et le parcours des visiteurs internationaux afin de renforcer l’attractivité touristique du pays, tout en maintenant des mesures de contrôle susceptibles de décourager une partie de ces mêmes voyageurs.
Quelques semaines seulement après que le Département d’État a rendu permanent son programme de caution, ses conséquences sur l’attractivité touristique des États-Unis sont désormais directement discutées au plus haut niveau de l’exécutif américain.
Le sujet mérite d’autant plus d’être suivi que Geoff Freeman avait déjà indiqué en août avoir eu connaissance de discussions concernant une possible extension du programme à davantage de pays, hypothèse qui n’a pour l’heure fait l’objet d’aucune annonce officielle.
L’éclairage VisasNews
La réunion organisée le 2 septembre à la Maison-Blanche ne modifie aucune formalité d’entrée aux États-Unis. Les ressortissants des pays actuellement soumis à la caution de visa restent concernés par le Visa Bond Program et aucun assouplissement n’a été annoncé. Les voyageurs éligibles au Visa Waiver Program, notamment les ressortissants français, belges et suisses, continuent pour leur part de pouvoir voyager avec une autorisation ESTA lorsqu’ils remplissent les conditions du programme. La rencontre illustre néanmoins les deux priorités que Washington cherche aujourd’hui à concilier : renforcer les contrôles à l’entrée tout en facilitant le parcours des visiteurs afin d’accroître l’attractivité touristique du pays. Alors que l’administration revendique une réduction de 40 % des délais d’attente pour les visas et plusieurs mesures de simplification dans les aéroports, l’industrie américaine du voyage estime notamment que la caution de visa constitue un frein à l’objectif d’attirer 100 millions de visiteurs internationaux par an d’ici 2030.







