Alors que la Coupe du monde 2026 bat son plein en Amérique du Nord et rappelle combien les formalités d’entrée peuvent peser sur l’expérience des supporters, l’Arabie saoudite prépare déjà son Mondial 2034 sur le terrain des visas.
Dans une interview accordée à Reuters, le ministre saoudien des Sports, le prince Abdulaziz bin Turki AlFaisal, a assuré que l’Arabie saoudite travaillerait avec la FIFA afin de rendre le tournoi plus accessible aux supporters. Les prix des billets resteront fixés par l’instance mondiale du football, mais le royaume entend agir sur d’autres aspects de l’expérience voyage, à commencer par les formalités d’entrée.
Pour le ministre, l’accessibilité du Mondial ne se limite pas au coût des places dans les stades. Elle concerne aussi la capacité des supporters à rejoindre le pays sans obstacles administratifs excessifs. « Personne ne souhaite voir un tournoi tel que la Coupe du monde où les gens ont du mal à venir », déclare-t-il.
Les visas, premier levier d’accessibilité pour les supporters
Selon le ministre saoudien des Sports, plus de 60 nationalités peuvent déjà obtenir un e-Visa ou un visa électronique à l’arrivée en Arabie saoudite. Il a également laissé entendre que cette liste pourrait s’élargir d’ici la Coupe du monde 2034.
« Nous avons plus de 60 pays dont les citoyens peuvent obtenir des visas électroniques à l’arrivée, et nous espérons que d’autres suivront », a déclaré le prince Abdulaziz bin Turki AlFaisal, rappelant que l’ouverture touristique du royaume avait commencé avec un événement sportif : la Formule E organisée en 2018. « Avant cela, nous n’avions pas de visa touristique », a-t-il ajouté.
Cette évolution est importante pour les voyageurs. Plus la liste des nationalités éligibles à l’e-Visa sera large, moins les supporters devront passer par une demande consulaire classique avant leur départ. Pour un événement comme la Coupe du monde, cette différence peut devenir décisive.
Le dispositif actuel repose notamment sur l’e-Visa touristique saoudien. Selon le portail officiel Visit Saudi, cette autorisation électronique permet aux voyageurs éligibles de se rendre en Arabie saoudite pour le tourisme, les événements, les visites familiales ou la Omra, hors période du Hajj. L’e-Visa est valable un an, autorise plusieurs entrées et permet des séjours jusqu’à 90 jours.
Pour les supporters de 2034, l’enjeu sera donc de savoir si ce dispositif existant sera simplement élargi, ou si l’Arabie saoudite mettra en place une procédure spécifique liée à la Coupe du monde, comme un canal dédié aux détenteurs de billets ou une autorisation événementielle.
Une promesse déjà présente dans la candidature saoudienne
Les déclarations du ministre s’inscrivent dans la communication officielle de Saudi 2034.
Après l’attribution du tournoi par la FIFA, la candidature saoudienne a promis une Coupe du monde facile d’accès, avec des déplacements simplifiés entre les villes hôtes, une offre d’hébergement adaptée à différents budgets et un processus d’immigration présenté comme fluide pour les visiteurs.
Elle sera particulièrement surveillée. La Coupe du monde 2034 sera la première édition à 48 équipes organisée dans un seul pays. Tous les supporters internationaux devront donc entrer sur le même territoire, selon les règles fixées par les autorités saoudiennes.
Cette configuration est différente de celle du Mondial 2026, organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique, où les formalités d’entrée dépendent de trois cadres migratoires distincts. En 2034, l’Arabie saoudite aura l’avantage d’un système national unique, mais aussi la responsabilité complète de sa fluidité.
Aucun régime spécial encore annoncé pour 2034
À ce stade, aucune procédure spéciale pour les détenteurs de billets de la Coupe du monde 2034 n’a encore été officialisée.
L’hypothèse n’est toutefois pas nouvelle pour l’Arabie saoudite. En 2023, le royaume avait déjà mis en place un e-Visa spécial destiné aux supporters de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, organisée à Djeddah. Cette autorisation électronique permettait aux détenteurs de billets d’entrer en Arabie saoudite pour assister à la compétition, illustrant la capacité du pays à associer un grand événement sportif à une procédure d’entrée dédiée.
La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, a déjà montré que les visas pouvaient devenir un point sensible dans l’organisation des grands événements sportifs. À la veille du tournoi, Gianni Infantino, le président de la FIFA, avait reconnu l’existence de difficultés, tout en rappelant que l’instance dirigeante du football mondial ne pouvait pas se substituer aux gouvernements.
Pour l’Arabie saoudite, ce précédent sert de rappel. En 2034, le royaume sera seul responsable de son cadre d’entrée, ce qui peut simplifier la coordination, mais renforcera aussi les attentes des supporters internationaux : un système clair, rapide et prévisible, notamment pour les nationalités encore soumises à visa consulaire.
Une expérience revendiquée dans l’accueil des grands événements
Le ministre saoudien des Sports a également mis en avant l’expérience accumulée par le royaume dans l’accueil de grands événements internationaux.
Selon lui, l’Arabie saoudite a déjà organisé plus de 150 événements internationaux, et les supporters venus dans le pays auraient trouvé l’accès simple. « Tous les supporters qui sont venus ont apprécié ces événements et ont trouvé l’accès facile », a-t-il déclaré. « C’est donc sans aucun doute l’un des aspects sur lesquels nous nous concentrons vraiment pour nous assurer que tout le monde puisse y accéder ».
La Coupe d’Asie 2027 constituera un test important avant le Mondial. L’Arabie saoudite accueillera cette compétition continentale sept ans avant la Coupe du monde, avec plusieurs sites qui doivent ensuite servir à l’événement de 2034. Pour les autorités saoudiennes, ce rendez-vous permettra de tester les infrastructures, les flux de visiteurs, les transports, les dispositifs de sécurité et, potentiellement, certaines procédures d’entrée.
Sécurité : le ministre veut rassurer malgré les tensions régionales
Les déclarations du ministre interviennent aussi dans un contexte régional instable.
Interrogé sur la sécurité, le prince Abdulaziz bin Turki AlFaisal a assuré que l’Arabie saoudite continuait à organiser des événements dans un environnement sécurisé. « Comme vous l’avez vu, même dans le contexte actuel de la région, nous n’avons pas cessé nos activités. Nous continuons à le faire dans un environnement sûr », a-t-il expliqué.
Le ministre a également indiqué que le royaume travaillait avec ses agences de sécurité afin de garantir la protection des supporters arrivant en Arabie saoudite. « Espérons que tout se calme et que l’environnement continue de s’améliorer pour tout le monde à l’avenir », a-t-il ajouté, tout en assurant que les autorités feraient le nécessaire si la situation l’exigeait.
Riyad veut donc présenter la Coupe du monde 2034 comme un tournoi accessible, mais aussi sécurisé. Cette dimension sera essentielle pour les voyageurs, les équipes, les délégations, les médias et les partenaires commerciaux du tournoi.
La sécurité et les visas sont d’ailleurs étroitement liés. Plus un pays facilite l’accès à son territoire, plus il doit être capable de maintenir des contrôles efficaces, rapides et compatibles avec l’arrivée massive de visiteurs. Pour l’Arabie saoudite, l’enjeu sera donc de trouver l’équilibre entre ouverture, fluidité et contrôle.
Des défis logistiques inédits pour un seul pays hôte
Le Mondial 2034 posera également des défis d’organisation importants.
Avec 48 équipes dans un seul pays, l’Arabie saoudite devra gérer des flux de supporters, de délégations et de médias concentrés sur plusieurs villes hôtes. Le ministre saoudien des Sports a lui-même reconnu que de nombreux éléments devaient être mis en place : « la logistique, les installations, la connectivité, la construction des bases pour l’avenir du football au sein du royaume ».
La FIFA a officiellement désigné l’Arabie saoudite comme pays hôte de la Coupe du monde 2034 lors d’un Congrès extraordinaire organisé le 11 décembre 2024.
La candidature saoudienne prévoit 15 stades répartis dans cinq villes hôtes : Riyad, Djeddah, Al Khobar, Abha et NEOM. Certaines enceintes sont déjà existantes ou en cours de modernisation, tandis que d’autres doivent encore être construites. L’Aramco Stadium serait déjà achevé à près de 80 % et devrait accueillir des matchs de la Coupe d’Asie en janvier. Le King Fahd Stadium, construit dans les années 1980, fait également l’objet de travaux pour répondre aux standards de la FIFA.







