Ces discussions ont eu lieu le 17 avril 2026 à la commission des affaires juridiques de la Chambre des représentants, dans le cadre de l’examen d’un projet de loi modifiant la législation japonaise sur l’immigration et la reconnaissance du statut de réfugié.
Au fil de la séance, plusieurs élus ont interrogé le gouvernement non seulement sur les frais liés aux titres de séjour, mais aussi sur la création du futur dispositif d’autorisation de voyage électronique, déjà désigné sous le nom de « JESTA ». Les réponses ont été principalement apportées par Shuichiro Naito, vice-directeur général de l’Agence japonaise des services d’immigration, ainsi que par Hiroshi Hiraguchi, le ministre de la Justice.
Plusieurs députés, issus de formations politiques différentes, ont insisté sur le même point : le Japon veut désormais filtrer plus tôt certains voyageurs exemptés de visa, sans freiner pour autant la fluidité du passage aux frontières. Derrière cet objectif, les échanges ont aussi mis en lumière des questions très concrètes sur le périmètre du futur système JESTA, les données demandées, les catégories sensibles comme les passagers de croisière ou de transit, ainsi que les conditions techniques d’un lancement annoncé pour l’exercice 2028.
Parmi les premiers à aborder le sujet, Daichi Yamamoto, député du Parti libéral-démocrate élu de Wakayama, a soutenu la création du JESTA, jugeant tout de même le Japon en retard sur d’autres pays déjà dotés d’un système comparable. Keie Miki, députée de Nippon Ishin no Kai, a insisté sur les effets attendus en matière de sécurité et de réduction des temps d’attente à l’entrée. Masamune Wada, député de Sanseitō, a rappelé qu’il plaidait depuis longtemps pour une version japonaise de l’ESTA américain, tandis que Chinami Nishimura, députée du Parti démocrate constitutionnel, et Masae Ido, députée du Parti démocrate du peuple, ont davantage poussé le gouvernement sur les limites du futur dispositif, son coût, ses risques d’erreur et ses conséquences concrètes pour les voyageurs.
Au final, le débat a fourni une matière bien plus précise que les annonces générales déjà connues jusqu’ici.
Le gouvernement défend un outil à double objectif
Face aux députés, Shuichiro Naito, numéro deux de l’Agence japonaise des services d’immigration, a résumé la logique du futur dispositif.
Selon lui, le JESTA doit permettre aux autorités de demander à l’avance, en ligne, des informations telles que l’identité du voyageur, son numéro de passeport, l’objet du voyage ou encore son lieu de séjour prévu au Japon. L’objectif affiché est d’effectuer un filtrage préalable afin d’empêcher l’entrée de personnes cherchant en réalité à rester irrégulièrement dans le pays ou à y travailler sans autorisation.
Mais le haut responsable japonais a aussi mis en avant l’autre versant du projet.
Pour les étrangers autorisés dans ce cadre, de nouveaux équipements devraient être utilisés à l’arrivée afin de rendre les procédures plus rapides. Dans ses mots, JESTA doit servir à la fois à la « rigueur du contrôle de l’immigration » et à « la fluidification des procédures d’entrée ». Cette idée a été reprise par plusieurs élus, alors que le Japon cherche toujours à absorber une fréquentation touristique internationale en forte hausse.
Les passagers de croisière et en transit inclus dans le JESTA pour éviter des voies de contournement
L’un des points les plus intéressants des échanges concerne le champ d’application du futur système.
Interrogé par Daichi Yamamoto, le vice-directeur général de l’immigration a précisé que le gouvernement ne souhaitait pas limiter JESTA aux seuls touristes arrivant dans les conditions classiques d’une exemption de visa. Les passagers de croisière ont été expressément mentionnés. L’administration rappelle qu’en l’état actuel du droit, certaines personnes peuvent demander une autorisation spéciale de débarquement sans avoir fait l’objet d’un filtrage préalable comparable à celui du visa.
Le responsable a même évoqué des cas de personnes qui, après ne pas avoir obtenu l’autorisation attendue, auraient tenté d’entrer irrégulièrement après leur arrivée par bateau. Pour Tokyo, il fallait donc fermer cette brèche.
Même logique pour une partie des passagers en transit. Le gouvernement considère que certaines personnes pourraient tenter de se présenter comme de simples voyageurs en correspondance afin d’échapper au contrôle préalable. Là encore, l’idée est d’éviter qu’un futur système plus strict pour les courts séjours touristiques ne laisse subsister des portes d’entrée parallèles.
Sur ce point, les autorités japonaises ont toutefois précisé que tous les voyageurs en transit ne seraient pas automatiquement concernés. Devant les députés, le haut fonctionnaire a indiqué que le Japon envisageait de limiter cette obligation à certaines catégories seulement, en tenant compte notamment de la situation migratoire liée à certains pays ou territoires. Il a évoqué le cas de nationalités considérées comme présentant davantage de risques en matière de séjour irrégulier ou de contrôle aux frontières. Autrement dit, le futur dispositif pourrait aussi reposer, pour le transit, sur une sélection ciblée selon l’origine des voyageurs, afin d’éviter de freiner inutilement l’ensemble du trafic international.
Plus de 31 millions de personnes seraient concernées concernées par le JESTA, dont le prix reste encore inconnu (malgré la pression des députés)
Autre élément concret donné pendant la séance, les volumes potentiels de voyageurs relevant du futur système.
Répondant à Keie Miki, l’administration a indiqué qu’en 2025, environ 38,46 millions d’étrangers étaient entrés au Japon avec un statut de court séjour, dont près de 29,63 millions relevant du régime d’exemption de visa. Elle a ajouté qu’environ 1,58 million d’entrées avaient été enregistrées au titre des autorisations spéciales de débarquement.
À partir de ces chiffres, les services d’immigration estiment qu’un peu plus de 31 millions de personnes seraient aujourd’hui dans le périmètre de JESTA. Et si le Japon atteignait son objectif de 60 millions de visiteurs étrangers par an d’ici 2030, ce nombre pourrait monter à environ 43,7 millions. Les autorités précisent toutefois que les contours exacts de certaines catégories, notamment une partie des passagers en transit, restent encore à fixer.
Concernant le coût du futur JESTA, le gouvernement n’a pas donné de montant. Chinami Nishimura a insisté sur ce point en faisant valoir que le Parlement, saisi du cadre légal, devrait au moins disposer d’un ordre de grandeur. Le vice-directeur général a alors rappelé que le tarif exact serait fixé plus tard par ordonnance, après adoption de la réforme.
Il a néanmoins cité plusieurs références étrangères pour situer la réflexion japonaise, avec des montants évoqués d’environ 2 000 yens pour l’ETA en Australie, 6 000 yens pour l’ESTA aux États-Unis, 770 yens pour l’AVE au Canada, entre 1 564 et 2 116 yens pour la NZeTA en Nouvelle-Zélande selon le mode de demande, environ 1 100 yens pour la K-ETA en Corée du Sud, un peu plus de 3 000 yens pour l’ETA au Royaume-Uni et l’ETIAS à venir dans l’Union européenne. Le gouvernement dit vouloir tenir compte du coût réel de la procédure, des avantages offerts au voyageur et des pratiques internationales. Pour l’instant, aucun tarif n’a donc été confirmé pour l’autorisation de voyage électronique JESTA.
Langues, données demandées et erreurs de saisie au cœur des questions
Plusieurs élus ont aussi cherché à savoir comment le système fonctionnerait concrètement.
À Keie Miki, le haut responsable de l’immigration a indiqué que le formulaire serait pris en charge dans plusieurs langues, sans être encore en mesure de préciser combien. Il a aussi détaillé les données envisagées, parmi lesquelles le nom, la date de naissance, la nationalité, le numéro de passeport, le motif du voyage, le lieu de séjour au Japon et la durée prévue de la visite.
Pour limiter les erreurs de saisie, l’administration japonaise envisage une lecture OCR de la page d’identité du passeport. Elle prévoit aussi qu’une photographie du visage puisse être demandée et comparée à celle figurant sur le passeport.
Interrogés sur la possibilité de faux positifs ou d’erreurs affectant des voyageurs sans problème particulier, les services d’immigration reconnaissent que des vérifications complémentaires pourraient être menées en cas d’incohérence ou de doute.
Pannes, recours et voyageurs peu à l’aise avec le numérique
Masae Ido a poussé le gouvernement sur les risques de dysfonctionnement, de panne réseau, de cyberattaque ou d’erreur d’identification.
En réponse, l’administration japonaise a indiqué que le système devrait intégrer des mécanismes de sauvegarde et qu’un point de contact serait prévu pour traiter certaines demandes ou réclamations. Elle précise aussi qu’en cas de difficulté non résolue dans le cadre du JESTA, une orientation vers la procédure de visa pourrait rester possible.
La députée a également soulevé le cas des personnes âgées, de celles qui ne disposent pas d’ordinateur ou de smartphone, ou qui ne maîtrisent pas bien les outils numériques.
Sur ce point, les services d’immigration reconnaissent le problème et envisagent que des agences de voyage ou d’autres intermédiaires puissent, dans certains cas, remplir les formalités pour le compte du voyageur. Là encore, les détails restent à finaliser.
JESTA : un calendrier maintenu pour 2028, malgré les appels à aller plus vite
Le calendrier a été abordé à plusieurs reprises.
Parmi les élus les plus insistants sur ce point, Masae Ido a notamment interrogé le gouvernement sur le retard pris par le Japon par rapport à d’autres grandes destinations déjà dotées d’une autorisation électronique de voyage, comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie, tandis que l’Union européenne prépare elle aussi son propre système.
L’administration a expliqué suivre ce dossier depuis plusieurs années et avoir déjà mené des études sur les dispositifs étrangers. Mais, selon le vice-directeur général de l’Agence japonaise des services d’immigration, la pandémie de Covid-19 est intervenue au moment même où ces réflexions avançaient. Avec l’effondrement du nombre d’entrées internationales et une visibilité encore très faible sur la reprise, Tokyo a estimé qu’il n’était pas opportun, à ce stade, de lancer immédiatement un projet de développement d’une telle ampleur.
Le haut responsable ajoute qu’une fois la reprise stabilisée et la hausse du nombre de visiteurs redevenue plus lisible, les études ont repris, avant une accélération des travaux techniques permettant d’avancer le calendrier. Masae Ido a toutefois relevé que le Covid avait aussi constitué, d’une certaine manière, une occasion que le Japon « n’a pas pleinement exploitée ».
Les élus ont ensuite demandé si une mise en service plus rapide pouvait être envisagée. L’administration a répondu qu’en avril 2026, l’entreprise chargée du développement avait déjà été choisie et que les travaux avaient commencé. Elle a détaillé un schéma comprenant au moins 17 mois de conception et de développement, environ 8 mois de tests avec les systèmes liés, puis encore 3 mois de formation des agents.
Le ministre japonais de la Justice, Hiroshi Hiraguchi, a confirmé que le gouvernement visait toujours une introduction de son autorisation de voyage électronique au cours de l’exercice 2028. Il a insisté sur le fait que le système devait d’abord être sûr, stable et pleinement opérationnel. Interrogé sur un possible raccourcissement supplémentaire, le vice-directeur général de l’Agence a répondu en substance que l’administration souhaitait aller « le plus vite possible », mais sans sacrifier la sécurité ni la stabilité du dispositif.







