L’annonce a suscité beaucoup d’intérêt, mais aussi une part de confusion.
En présentant hier la future politique ghanéenne de visa électronique, le président John Mahama a expliqué qu’à partir du 25 mai 2026, les voyageurs africains « pourront obtenir gratuitement leur e-Visa en ligne ».
24 heures après cette annonce, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a tenu à cadrer le message sur ses réseaux sociaux : la suppression des frais de visa ne signifie pas la disparition de la procédure.
Facts about Ghana’s new Free Visas for Africans Policy as announced by President Mahama:
— Sam Okudzeto Ablakwa (@S_OkudzetoAblak) April 3, 2026
1) Africans will not pay visa fees;
2) Not paying visa fees does not mean you will not go through visa screening. Africans will still have to go through a visa application process like…
« Les Africains ne paieront pas de frais de visa », confirme dans un premier temps le ministre, précisant toutefois que « le fait de ne pas payer de frais de visa ne signifie pas que vous ne serez pas soumis à un contrôle des visas ». Il indique ainsi que « les Africains devront toujours suivre une procédure de demande de visa comme tout le monde, mais celle-ci sera gratuite ».
Autrement dit, les ressortissants africains ne paieront pas leur visa, mais ils devront toujours passer par une demande formelle et par un examen de leur dossier, comme tous les voyageurs étrangers soumis à visa.
Voyage au Ghana : un passage obligé par la future plateforme e-Visa
La précision est importante, car elle redessine assez clairement l’architecture du futur dispositif.
Selon Samuel Okudzeto Ablakwa, tous les demandeurs, y compris les Africains concernés par la gratuité, devront passer par la nouvelle plateforme de visa électronique que le Ghana prévoit de lancer le mois prochain.
Le “visa gratuit” doit donc être compris comme un « e-Visa sans frais », et non comme une exemption pure et simple de visa pour les visiteurs africains.
Le ministre l’écrit d’ailleurs noir sur blanc : « Tous les demandeurs, y compris les Africains, devront faire leur demande de visa via la plateforme de visa électronique ».
Sans annoncer explicitement la fin des délivrances consulaires, cette orientation laisse néanmoins penser que les demandes classiques pourraient, à terme et à l’image d’autres destinations, y compris en Afrique, être de plus en plus absorbées par le futur portail e-Visa.
API/PNR : la brique de sécurité déjà installée
Pour justifier cette approche, Accra met en avant l’infrastructure de contrôle déjà déployée ces derniers mois.
Le 5 août 2025, lors de l’inauguration du nouveau centre de navigation aérienne et de sécurité aux frontières de l’Autorité de l’Aviation Civile du Ghana, le président Mahama avait officiellement lancé les systèmes API et PNR du pays. Le premier permet de transmettre aux autorités des données en temps réel sur les passagers avant ou pendant les vols ; le second exploite les informations issues des réservations afin d’affiner l’analyse des déplacements.
À l’époque, le président avait déjà demandé que cette architecture soit étendue aux futurs services d’e-Visa. C’est précisément ce lien que le ministre remet aujourd’hui en avant : selon lui, la future plateforme sera reliée au dispositif API/PNR ainsi qu’à des bases de données internationales sur la criminalité, afin de permettre des vérifications d’antécédents avant délivrance.
« Le nouveau système de visa électronique sera relié au système API-PNR récemment mis en place au Ghana ainsi qu’à d’autres bases de données internationales sur la criminalité, ce qui permettra à nos agents consulaires de vérifier les antécédents des demandeurs et de procéder à un contrôle approprié afin de garantir que la sécurité du Ghana ne soit pas compromise », explique ainsi Samuel Okudzeto Ablakwa.
Un visa sans frais, pas une frontière sans filtre
La séquence a aussi une portée politique.
Dans sa mise au point, Samuel Okudzeto Ablakwa rappelle qu’une orientation similaire avait déjà été annoncée sous l’ancien président Nana Akufo-Addo en 2024, mais n’avait pas pu être appliquée « car les mécanismes et les mesures de sécurité n’étaient pas encore en place ». Le message, cette fois, est que l’outil est prêt, ou du moins présenté comme tel par le gouvernement actuel.
Le ministre affirme en effet que des « investissements suffisants » ont été réalisés par les ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et des Transports afin d’adosser le projet à une infrastructure sécuritaire et technologique plus solide. L’objectif affiché est de lancer à la fois la plateforme e-Visa pour tous les demandeurs et la gratuité pour les Africains à compter de la Journée de l’Afrique, le 25 mai 2026.
En creux, la mise au point du ministre vise donc à éviter un malentendu : le Ghana ne s’oriente pas vers une entrée sans contrôle, mais vers une procédure dématérialisée dans laquelle le coût disparaît pour les voyageurs africains, tandis que le filtrage reste entier.
Samuel Okudzeto Ablakwa le formule de façon très nette : « Le non-paiement des frais de visa ne vaut pas une entrée automatique au Ghana. Il n’y aura aucune entrée automatique et non contrôlée ».







