L’idée d’un visa touristique unique pour l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est), souvent comparée au modèle de l’espace Schengen européen, revient régulièrement dans le débat régional sans jamais avoir abouti.
Évoqué dès les années 2010 comme un levier pour renforcer l’attractivité de l’Asie du Sud-Est face à d’autres grands pôles touristiques mondiaux, ce projet viserait à permettre aux voyageurs étrangers d’entrer et de circuler plus librement entre plusieurs États membres avec une seule autorisation.
L’ASEAN regroupe aujourd’hui dix États membres, à savoir le Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam, qui pourraient, à terme, être concernés par ce projet de visa commun. Celui-ci pourrait se décliner par étapes ou par groupes de pays, tout en s’inscrivant dans un cadre régional intégré.
Les discussions se heurtent toutefois à des réalités complexes : disparités des politiques migratoires, enjeux de sécurité, différences de capacités administratives, ainsi que des relations bilatérales parfois sensibles, voire conflictuelles, entre certains États membres.
Malgré un consensus de principe sur la nécessité de faciliter les flux touristiques intra-régionaux et internationaux, le visa commun de l’ASEAN demeure ainsi un « serpent de mer » diplomatique, régulièrement relancé mais jamais concrétisé.
Cebu, cadre de nouvelles discussions ministérielles sur le visa commun de l’ASEAN

C’est dans ce contexte que la secrétaire philippine au Tourisme, Christina Frasco, a confirmé que la question du visa unifié figurerait à l’ordre du jour des réunions ministérielles organisées à Cebu, en marge du Forum du Tourisme de l’ASEAN (ATF), du 28 au 30 janvier.
« Dans le cadre du Plan Stratégique pour le Tourisme de l’ASEAN (ATSP), la priorité est donnée à un accès et une accessibilité sans faille à l’ensemble de la région. Par conséquent, l’accès sans visa et les visas unifiés pourraient être intégrés à l’ATSP », a déclaré Christina Frasco lors d’une interview en marge du salon ASEAN Travel Exchange 2026, selon la Philippine News Agency (PNA), l’agence de presse officielle du gouvernement philippin.
La responsable a rappelé l’engagement des États membres à promouvoir l’Asie du Sud-Est comme « une destination unifiée », tout en se gardant de préciser les marchés prioritaires ou les modalités concrètes d’un éventuel dispositif commun.
« Je ne voudrais vraiment pas devancer nos collègues ministres de l’ASEAN. Je dirai simplement que notre souhait est de pouvoir développer la région de l’ASEAN de manière à ce que les bénéfices se fassent sentir dans toute la région », a expliqué la secrétaire au Tourisme. « Nous pouvons certainement apprendre les uns des autres et tirer profit des flux touristiques de chacun », a-t-elle ajouté.
Philippines : un secteur touristique résilient face aux contraintes en 2025
Ces discussions interviennent alors que les Philippines affichent des résultats touristiques en progression, mais encore inégaux.
En 2025, le pays a enregistré environ 5,87 millions d’arrivées de touristes internationaux, selon les données consolidées du Bureau de l’Immigration, un chiffre légèrement supérieur à celui issu du système eTravel, qui ne recense pas de manière exhaustive certaines catégories de visiteurs, notamment les passagers de croisière. En y ajoutant plus de 543 000 Philippins de retour de l’étranger, le nombre total de visiteurs étrangers a dépassé 6,48 millions sur l’année passée.
Les recettes générées par les visiteurs internationaux ont néanmoins atteint un niveau élevé, avec des dépenses estimées à près de 694 milliards de pesos philippins, traduisant une capacité de consommation soutenue.
La semaine dernière, Christina Frasco soulignait que ces résultats avaient été obtenus malgré un environnement contraignant, marqué à la fois par des incertitudes mondiales, une série de catastrophes naturelles survenues à la fin de l’année 2025 et une réduction de plus de 93 % du budget consacré aux actions de promotion de son ministère.
Pour autant, les niveaux de fréquentation restent inférieurs à ceux observés avant la pandémie : les arrivées de 2025 demeurent en recul de 29 % par rapport au record de 8,26 millions de touristes enregistré en 2019. Une comparaison avec 2024 fait également apparaître un léger fléchissement des flux entrants, avec une baisse de 2,08 % des arrivées de ressortissants étrangers et de 6,41 % parmi les Philippins résidant à l’étranger, selon les données du Bureau de l’immigration.
Les autorités mettent dès lors en avant une approche plus large de la performance touristique, soulignant la vitalité du tourisme domestique, la création de valeur et l’emploi, dans un secteur dont la contribution au produit intérieur brut approche désormais 9 %.
Dans ce contexte, Christina Frasco estime que l’extension des itinéraires, l’amélioration de la connectivité et une intégration touristique régionale accrue au sein de l’ASEAN pourraient constituer des leviers de croissance à moyen terme.







