L’Indonésie s’interroge sur l’usage réel de son régime d’exemption de visa.
Alors que la Thaïlande a elle aussi engagé une révision de sa politique d’exemption de visa, après avoir constaté des abus liés à des séjours touristiques détournés de leur objet, l’Indonésie semble à son tour vouloir réexaminer certaines facilités d’entrée accordées aux voyageurs étrangers.
À Jakarta, la Direction générale de l’immigration indique que les affaires récentes impliquant des ressortissants étrangers, notamment ceux originaires de pays bénéficiant de l’exemption de visa, sont désormais prises en compte dans l’évaluation de la politique migratoire du pays.
Aucune suppression de l’exemption de visa n’a toutefois été annoncée à ce stade. Les autorités indonésiennes parlent pour l’heure d’une évaluation, dans un contexte marqué par plusieurs opérations visant des réseaux présumés de cybercriminalité transnationale.
Plus de 500 étrangers interpellés dans deux affaires récentes
Ce 13 mai 2026, la Direction générale de l’immigration indonésienne annonce examiner la situation de 320 ressortissants étrangers soupçonnés d’être liés à un syndicat international de jeux d’argent en ligne.
L’affaire concerne une opération menée dans le secteur de Hayam Wuruk, à Jakarta-Ouest, en coordination avec la police indonésienne. Les personnes concernées ont été transférées le 10 mai vers le centre de détention de l’immigration de Jakarta et vers les locaux de la Direction générale de l’immigration, afin de vérifier leur statut migratoire et d’éventuelles infractions.
Selon l’immigration indonésienne, ces 320 ressortissants étrangers comprennent 224 hommes et 96 femmes. Les premiers éléments de l’enquête montrent que la majorité d’entre eux se trouvaient en Indonésie avec un titre de séjour de visite, un visa obtenu à l’arrivée dans le pays (Visa on Arrival, VoA) ou dans le cadre du régime d’exemption de visa, appelé localement Bebas Visa Kunjungan.
Quelques jours plus tôt, le 8 mai 2026, les autorités avaient déjà annoncé l’arrestation de 210 ressortissants étrangers à Batam, dans les îles Riau, soupçonnés d’être impliqués dans une activité de fraude à l’investissement en ligne.
Dans cette affaire, les personnes interpellées étaient principalement originaires du Vietnam, de Chine et du Myanmar. L’immigration précise que 57 d’entre elles utilisaient l’exemption de visa, 103 le visa à l’arrivée, 49 un visa de visite et une un permis de séjour investisseur.
L’exemption de visa fait partie des dispositifs examinés
Le directeur général de l’immigration, Hendarsam Marantoko, affirme que ces affaires deviennent un sujet d’attention pour les autorités indonésiennes.
Selon lui, les cas impliquant des étrangers dans des activités illégales, y compris ceux provenant de pays bénéficiant de l’exemption de visa, constituent désormais des éléments d’évaluation pour l’administration.
L’immigration indonésienne précise également que, depuis le début de l’année 2026 jusqu’au 5 mai, elle a mené 6 779 actions administratives en matière migratoire. Ce total comprend notamment 2 026 annulations de titres de séjour ou mesures de déportation, 1 404 placements en détention administrative et 1 323 inscriptions sur liste d’interdiction d’entrée.
Les autorités insistent toutefois sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement de sanctionner les ressortissants étrangers concernés. Les sponsors ou garants locaux sont également visés par les vérifications lorsqu’ils sont susceptibles d’avoir facilité la présence ou les activités des personnes mises en cause.
Pas encore de changement pour les voyageurs
Pour les voyageurs, aucun changement immédiat n’a été annoncé à ce stade.
Les listes officielles publiées par l’immigration indonésienne concernant les nationalités éligibles à l’obtention d’un visa à l’arrivée en Indonésie ou à une exemption de visa n’ont pas évolué. Parmi les pays cités dans les affaires récentes, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Malaisie, le Myanmar et la Thaïlande figurent toujours parmi les nationalités bénéficiant d’une dispense de visa indonésien.
L’Indonésie dispose aujourd’hui de plusieurs régimes d’entrée pour les courts séjours, dont le Visa on Arrival, l’e-VoA, l’e-Visa et l’exemption de visa pour certaines nationalités. Les voyageurs concernés doivent néanmoins respecter strictement l’objet de leur séjour. Les activités professionnelles, commerciales opérationnelles ou assimilées à du travail ne sont pas couvertes par un simple séjour touristique ou de visite.
Une tendance régionale en Asie du Sud-Est
Cette réflexion indonésienne intervient dans un contexte régional où plusieurs pays cherchent à concilier relance touristique, simplification des formalités et contrôle accru des abus.
La Thaïlande, qui avait étendu en 2024 son régime d’exemption de visa à 60 jours pour de nombreuses nationalités, a récemment engagé une révision de ce dispositif. Les autorités thaïlandaises souhaitent notamment éviter que certains étrangers utilisent des séjours touristiques de longue durée pour exercer des activités non autorisées ou participer à des réseaux criminels.
L’Indonésie semble suivre une logique similaire, sans pour autant annoncer de restriction immédiate. Le message des autorités est surtout celui d’une application plus stricte du principe de sélection migratoire : seuls les étrangers considérés comme utiles au pays et ne présentant pas de risque pour la sécurité ou l’ordre public doivent pouvoir séjourner en Indonésie.
Ce qu’il faut retenir
- L’Indonésie n’a pas supprimé son exemption de visa, mais la Direction générale de l’immigration confirme que cette facilité fait partie des politiques en cours d’évaluation après plusieurs affaires impliquant des ressortissants étrangers.
- Les voyageurs éligibles peuvent donc, pour l’instant, continuer à se référer aux règles actuellement publiées par l’immigration indonésienne. En revanche, les contrôles pourraient se renforcer, notamment pour les séjours répétés, les profils jugés à risque ou les situations dans lesquelles le motif réel du séjour ne correspond pas au titre utilisé.
- Pour les voyageurs comme pour les professionnels du tourisme, le point à surveiller sera désormais l’éventuelle publication d’une mesure officielle modifiant la liste des nationalités éligibles ou les conditions d’utilisation de l’exemption de visa.







