La séquence est aussi politique que migratoire. Interrogé le 1er avril dernier par ITV News, Nigel Farage a estimé que les gouvernements des îles Anglo-Normandes avaient fait preuve de « faiblesse » en maintenant le dispositif qui permet aux ressortissants français de venir à la journée avec leur seule carte nationale d’identité.
Dans son esprit, cette exception pourrait transformer les îles en « porte dérobée » vers le Royaume-Uni, au moment même où l’autorisation de voyage électronique, l’ETA, s’apprête à entrer en vigueur dans les dépendances de la Couronne pour une partie des voyageurs exemptés de visa, mais pas pour les excursionnistes français.
D’après le Guernsey Press, Marc Leadbeater a d’abord répondu sur un ton très direct sur Facebook, où il a lancé à Nigel Farage : « Occupez-vous de vos propres frontières. Les nôtres sont sûres, les vôtres ne le sont pas ».
Puis, dans des propos plus développés, il a défendu le fond du dispositif.
Un dispositif présenté comme sûr et sans abus
Le Président du Comité des affaires intérieures de Guernesey rejette clairement l’idée d’un système laxiste ou mal contrôlé.
Dans les colonnes du Guernsey Press, il affirme que « le dispositif permettant aux Français de venir à la journée avec une carte d’identité continue d’être un succès retentissant. Contrairement à l’idée erronée de M. Farage selon laquelle nous ferions preuve de “faiblesse” en appliquant ce système, il n’y a eu aucun abus ni aucune tentative d’abus, et le protocole d’accord conclu avec les transporteurs fonctionne exactement comme prévu ».
La formule est importante. Elle permet à Marc Leadbeater de répondre point par point à la critique de Nigel Farage : non seulement le système n’aurait donné lieu à aucun détournement, mais son fonctionnement serait conforme à ce qui a été prévu avec les compagnies de transport.
Dans le même esprit, il insiste aussi sur les effets positifs du programme : « Ce dispositif a permis à de nombreux touristes français de profiter d’excursions à la journée dans le bailliage, tout en contribuant à renforcer nos liens culturels avec la Bretagne et la Normandie ».
Les touristes, l’économie et les liens culturels « en tirent profit »
L’autre intérêt de cette prise de parole est qu’elle ne se limite pas à une réponse sécuritaire. Dans ses propos, notamment relayés par la BBC, Marc Leadbeater insiste sur l’impact concret du programme pour l’île.
Il y explique que Guernesey accueille aujourd’hui bien davantage de visiteurs français en excursion qu’auparavant et résume son approche en une phrase très simple : « Les touristes en tirent profit, notre économie en tire profit et nos liens culturels en tirent profit ».
Cette insistance sur les retombées locales éclaire la logique des autorités guernesiaises. Le sujet ne se résume pas à une question de contrôle aux frontières, il touche aussi à l’activité touristique, aux échanges de proximité et à la relation entretenue avec les côtes françaises voisines.
Le dispositif vise les visiteurs français effectuant une excursion à la journée. Il ne s’agit ni d’un libre accès prolongé, ni d’un assouplissement généralisé des formalités d’entrée. C’est d’ailleurs ce qui permet à Leadbeater de soutenir que le système est compatible avec le cadre de contrôle mis en place par les autorités locales.
Il reconnaît d’ailleurs qu’une extension du programme à des séjours de week-end avec simple carte d’identité serait, en théorie, séduisante, mais aussitôt irréaliste. Selon lui, cela n’arrivera pas, « car ce serait trop difficile à gérer ».
Autrement dit, Guernesey défend le maintien d’une souplesse limitée, mais ne laisse pas entendre qu’elle souhaite aller au-delà.
L’ETA ne remet pas en cause l’exception française à la journée
C’est ce point qui explique la vigueur du débat.
À partir du 23 avril 2026, les voyageurs se rendant dans les îles Anglo-Normandes et l’île de Man depuis un pays autre que le Royaume-Uni ou l’Irlande devront, pour beaucoup, obtenir une ETA. Pourtant, dans le même temps, l’exemption accordée aux excursionnistes français à la journée reste maintenue.
C’est précisément cette coexistence entre durcissement numérique du contrôle préalable et maintien d’un régime spécifique pour les visiteurs français qui alimente les critiques de Nigel Farage.
Marc Leadbeater, lui, assume pleinement cette exception. Son message est limpide : elle ne constitue pas une brèche, mais une mesure ciblée, utile à l’économie locale et, selon lui, parfaitement tenue sur le plan opérationnel.
En défendant aussi fermement ce programme, Marc Leadbeater ne répond pas seulement à Nigel Farage. Il envoie aussi un message aux professionnels du tourisme, aux transporteurs et à tous ceux qui voient dans ces excursions françaises un apport concret pour l’île.
En parlant de « succès retentissant », en affirmant qu’aucun abus n’a été constaté et en soulignant les bénéfices économiques et culturels du dispositif, il cherche à consolider la légitimité d’un système que Guernesey entend manifestement préserver.







