Pour certains, c’est une association sucrée-salée parfaitement acceptable. Pour d’autres, un véritable sacrilège culinaire. Mais pour Davide Tamburella, chef italien installé à Brisbane, dans l’État australien du Queensland, la pizza à l’ananas est devenue une affaire autrement plus sérieuse, au point de compromettre son projet de résidence permanente en Australie.
L’histoire, rapportée le 5 novembre 2026 par le quotidien britannique The Guardian, trouve son origine dans un différend opposant le cuisinier à la direction du restaurant La Costa, situé dans le quartier de Fortitude Valley, à Brisbane.
Trois refus de préparer une pizza à l’ananas
Au cœur du désaccord : la fameuse pizza hawaïenne, généralement garnie de jambon et d’ananas.
Lors d’une réception privée, un client ayant réservé une prestation de plus de 15 000 dollars australiens souhaitait notamment que cette pizza figure parmi les plats servis aux invités.
« Nous avions une importante réception, pour laquelle les clients dépensaient plus de 15 000 dollars australiens. Et celui qui payait l’ensemble de la prestation nous a dit qu’il voulait des pizzas jambon-ananas », a raconté Elliot Ingram, responsable du restaurant, au Guardian.
Mais Davide Tamburella s’y est opposé. Selon les éléments examinés par la Fair Work Commission, l’organisme australien chargé notamment des litiges du travail, le chef considérait, en tant qu’Italien, que mettre de l’ananas sur une pizza constituait « une insulte à sa culture ».
Le cuisinier n’en était pas à son premier refus. Il avait déjà refusé à trois reprises, en quatre ans, de préparer des pizzas avec cet ingrédient.
Il avait même demandé à son employeur de « vérifier à quel point il est important pour les Italiens de ne pas mettre d’ananas sur une pizza », selon les termes rapportés dans la décision de la commission australienne.
La direction du restaurant ne partageait manifestement pas cette conception de la gastronomie. Pour elle, répondre aux demandes des clients faisait partie des obligations professionnelles du chef.
Elliot Ingram reconnaît pourtant ne pas être lui-même un grand amateur de pizzas hawaïennes. « Ce n’est probablement pas ma préférée », a-t-il confié au Guardian, avant d’expliquer que ses 17 années d’expérience dans la restauration lui avaient appris à « choisir ses batailles ».
Le 20 mai 2026, Davide Tamburella a finalement été licencié.
La pizza à l’ananas n’était toutefois pas le seul motif invoqué par son employeur, qui lui reprochait également son comportement professionnel, notamment des propos jugés inappropriés et des tensions durant le service.
Un licenciement qui compromet trois années de démarches pour obtenir un visa
Au-delà du différend gastronomique, le licenciement a eu des conséquences importantes sur la situation migratoire du chef italien.
Davide Tamburella était engagé depuis plus de trois ans dans une procédure visant à obtenir un visa australien de sous-classe 186 (Employer Nomination Scheme), un dispositif permettant à certains travailleurs qualifiés d’accéder à la résidence permanente grâce au parrainage d’un employeur.
Selon le ministère australien de l’Intérieur, ce visa permet aux travailleurs étrangers désignés par une entreprise australienne de vivre et de travailler durablement dans le pays.
Mais la fin de son contrat de travail a également entraîné la perte du soutien de son employeur dans cette procédure.
Interrogé par The Guardian, Elliot Ingram a expliqué avoir attendu aussi longtemps que la loi le lui permettait avant de signaler aux autorités la rupture de la relation professionnelle. Il espérait ainsi que le visa pourrait être accordé avant le retrait du parrainage.
Cela n’a pas été le cas.
Le chef italien doit donc recommencer sa démarche pour obtenir la résidence permanente, une procédure qui avait déjà mobilisé plus de trois années.
L’affaire illustre ainsi les conséquences qu’une rupture de contrat peut avoir sur un travailleur étranger dont le projet d’installation dépend du soutien de son employeur.
Un recours rejeté par les autorités australiennes
Après son licenciement, Davide Tamburella avait contesté la décision de son employeur devant la Fair Work Commission.
Dans une décision rendue publique le 3 novembre 2026, la commission a toutefois rejeté son recours.
Non pas parce qu’elle aurait considéré que le refus de préparer des pizzas à l’ananas justifiait son licenciement, mais parce que la demande avait été déposée après l’expiration du délai légal, sans circonstances exceptionnelles justifiant ce retard.
L’organisme n’a donc pas tranché le fond du différend.
De son côté, l’ancien responsable du restaurant, Elliot Ingram, a insisté auprès des médias australiens sur le fait que cette affaire ne se résumait pas à une simple querelle gastronomique.
« Il y a davantage dans cette histoire qu’une simple garniture de pizza », a-t-il déclaré au Daily Mail, rappelant que le refus d’exécuter une instruction professionnelle n’était que l’un des éléments examinés lors de la procédure disciplinaire.
Une nouvelle vie professionnelle, sans ananas
L’histoire présente enfin une dernière particularité.
Le restaurant La Costa, à l’origine du conflit, a fermé ses portes en juillet 2026, après l’expiration de son bail, dans un contexte de coûts d’exploitation élevés.
Quant à Davide Tamburella, il a depuis retrouvé du travail. Selon le quotidien australien The Courier-Mail, il exerce désormais comme chef au restaurant italien Don Gino, dans le quartier de West End, toujours à Brisbane.
Et cette fois, un détail devrait lui éviter de revivre la même mésaventure : dans son nouveau restaurant, aucune pizza à l’ananas ne figure à la carte.
L’éclairage VisasNews
Cette histoire rappelle qu’en Australie, un visa lié au parrainage d’un employeur peut parfois se retrouver aussi fragile qu’une pâte à pizza trop fine. Derrière ce différend culinaire se cache une réalité bien moins savoureuse : lorsqu’une procédure de résidence permanente dépend du soutien d’une entreprise, la rupture du contrat de travail peut sérieusement compromettre les démarches engagées. Une bonne raison de surveiller les conditions de son visa… et, peut-être, de vérifier la carte du restaurant avant de signer son contrat.







