À peine dix jours après avoir rendu permanent son programme de caution pour certains visas de visiteur, les États-Unis pourraient-ils déjà envisager de l’étendre à davantage de pays ?
Dans un entretien accordé à Reuters, Geoff Freeman, président-directeur général de l’U.S. Travel Association, principale organisation représentant le secteur américain du voyage, affirme avoir eu écho de discussions autour d’un possible élargissement du Visa Bond Program.
« Il y a déjà des échos d’une extension de ce programme à d’autres pays pour lesquels un visa est requis, peut-être à tous les pays pour lesquels un visa est requis », a-t-il déclaré à l’agence de presse britannique.
Geoff Freeman estime qu’un tel élargissement aurait des conséquences particulièrement importantes pour l’économie américaine et l’industrie du voyage.
Aucune annonce officielle ne vient toutefois confirmer qu’une extension du dispositif est actuellement décidée ou en préparation. Sollicité par Reuters, le Département d’État américain n’avait pas répondu dans l’immédiat.
La caution de visa concerne actuellement 50 pays
Depuis le 3 août 2026, le système américain de caution de visa n’est plus un programme pilote.
Comme l’expliquait récemment VisasNews, le Département d’État a pérennisé ce mécanisme qui permet aux agents consulaires d’exiger le versement d’une caution avant de délivrer certains visas B-1, B-2 ou combinés B-1/B-2 pour affaires ou tourisme.
La règle définitive publiée au Federal Register fixe désormais trois montants possibles : 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars.
Le montant est déterminé par l’agent consulaire en fonction de la situation du demandeur. Les autorités indiquent que la caution devrait normalement être fixée à 15 000 dollars, avec la possibilité de la réduire à 10 000 dollars ou de la porter à 20 000 dollars selon les circonstances individuelles.
Les ressortissants de 50 pays sont actuellement soumis au programme. La liste publiée par le Département d’État comprend notamment l’Algérie, le Bangladesh, le Cambodge, la Géorgie, le Népal, le Nigeria, la Tunisie ou encore le Venezuela.
Une liste qui peut être étendue avec seulement 15 jours de préavis
L’hypothèse évoquée par l’U.S. Travel Association trouve un élément important dans la réglementation elle-même : le programme permanent a été conçu pour permettre une évolution de la liste des pays concernés.
Le Département d’État précise dans le Federal Register que cette liste peut être modifiée « au fil de l’eau ».
Lorsqu’un nouveau pays est ajouté au dispositif, son intégration doit être annoncée au moins 15 jours avant l’entrée en application de la caution pour ses ressortissants. À l’inverse, le retrait d’un pays de la liste peut prendre effet immédiatement.
L’architecture réglementaire permettant d’étendre rapidement le programme à de nouvelles nationalités est donc déjà en place.
La règle définitive précise également les critères susceptibles d’être pris en compte pour sélectionner les pays.
Le Département d’État peut notamment examiner les taux de dépassement de séjour, les pratiques en matière de partage d’informations, les capacités de vérification des identités et des antécédents, les procédures de contrôle et de vérification ainsi que la sécurité des documents de voyage et d’état civil.
Répondre à l’un ou plusieurs de ces critères n’entraîne toutefois pas automatiquement l’intégration d’un pays au programme. Les autorités américaines conservent une marge d’appréciation dans la sélection des nationalités concernées.
Les pays bénéficiant de l’ESTA ne sont pas concernés
Une limite importante figure également dans la réglementation.
Le programme permanent s’applique aux ressortissants de pays qui ne participent pas au Visa Waiver Program (VWP), le dispositif permettant notamment aux voyageurs français et européens d’effectuer certains séjours aux États-Unis sans visa, avec une autorisation ESTA.
Le Département d’État précise explicitement que l’appartenance au Visa Waiver Program empêche actuellement l’intégration d’un pays au programme de caution.
Ainsi, même si l’hypothèse rapportée par Geoff Freeman d’une extension « à tous les pays pour lesquels un visa est requis » devait un jour se concrétiser, elle ne signifierait pas une généralisation de la caution à l’ensemble des voyageurs étrangers.
Les ressortissants français, belges, suisses et des autres pays participant au VWP ne sont donc pas concernés par cette perspective tant que leur pays reste membre du programme d’exemption de visa américain.
La caution a entraîné une baisse de 83 % des délivrances de visas
Pour justifier la pérennisation du dispositif, le Département d’État met en avant les résultats du programme pilote lancé en août 2025.
Selon les données présentées dans la règle définitive, 45 488 dépassements de séjour avaient été enregistrés durant l’année fiscale 2024 parmi les ressortissants des 50 pays progressivement intégrés au programme.
Au cours des dix premiers mois de l’expérimentation, le nombre de dépassements de séjour parmi les voyageurs soumis à la caution aurait été ramené à moins de 50, selon le Département d’État.
Mais le dispositif a parallèlement entraîné une chute importante des délivrances de visas.
Alors que les autorités américaines avaient initialement estimé qu’environ 2 000 demandeurs seraient concernés par la caution pendant l’année d’expérimentation, près de 20 000 demandes de visas ont finalement nécessité le versement d’une caution.
Près de la moitié de ces demandes ont effectivement donné lieu à un paiement, pour un montant total d’environ 115 millions de dollars temporairement immobilisés auprès des demandeurs.
À l’inverse, près de la moitié des personnes concernées ont finalement choisi de ne pas verser la caution.
Le Département d’État constate ainsi une baisse de 83 % des délivrances de visas B-1/B-2 dans les pays concernés au cours des dix premiers mois du programme, par rapport à la même période de l’année précédente.
Après la Coupe du monde, l’U.S. Travel Association redoute le mouvement inverse
Les inquiétudes exprimées par l’U.S. Travel Association interviennent quelques semaines seulement après la Coupe du monde de football 2026, organisée du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Durant la compétition, les autorités américaines avaient au contraire décidé d’assouplir temporairement le dispositif de caution afin de faciliter la venue de certains supporters et participants internationaux.
En mai dernier, Washington avait ainsi annoncé la levée de la caution de visa pour certains supporters du Mondial.
L’exemption concernait notamment certains ressortissants de pays participant à la compétition qui avaient acheté leurs billets avant le 15 avril 2026 et s’étaient inscrits au dispositif FIFA PASS, sous réserve de remplir par ailleurs toutes les conditions requises pour obtenir un visa américain.
Des athlètes, entraîneurs, personnels indispensables aux équipes et certains membres de leur famille pouvaient également bénéficier de cette suspension de la caution. L’U.S. Travel Association s’était alors félicitée de cette suspension.
Dans son communiqué du 13 mai 2026, Geoff Freeman avait qualifié la décision de mesure « intelligente et ciblée », estimant qu’elle permettrait à davantage de supporters internationaux de venir assister à la compétition aux États-Unis.
Trois mois plus tard, l’organisation s’inquiète désormais d’un possible mouvement inverse : l’extension de la caution à un nombre beaucoup plus important de voyageurs soumis à visa.
Geoff Freeman souligne auprès de Reuters que les 50 pays actuellement concernés représentent moins de 2 % des visiteurs internationaux se rendant aux États-Unis. Une extension à des marchés beaucoup plus importants soumis à l’obligation de visa changerait donc considérablement la portée du dispositif.
L’organisation estime plus largement que les enseignements de la Coupe du monde devraient inciter les autorités à faciliter les voyages internationaux plutôt qu’à multiplier les mesures susceptibles de les freiner, alors que les États-Unis accueilleront notamment les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles en 2028.
L’éclairage VisasNews
À ce stade, aucune extension du programme américain de caution de visa au-delà des 50 pays actuellement concernés n’a été annoncée. L’hypothèse évoquée par l’U.S. Travel Association doit donc être distinguée d’une décision officielle. La règle définitive entrée en vigueur le 3 août 2026 prévoit toutefois explicitement que la liste pourra évoluer et que tout nouveau pays devra être annoncé au moins 15 jours avant l’application de la mesure. Les pays participant au Visa Waiver Program, dont la France et les États européens, restent exclus du dispositif dans sa configuration actuelle.







