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États-Unis : le projet de durcissement de l’ESTA inquiète le secteur du tourisme international

Commanditée par le World Travel & Tourism Council, une vaste enquête internationale met en lumière les effets potentiellement dissuasifs d’une évolution des règles d’entrée aux États-Unis dans le cadre du programme ESTA. L’obligation envisagée de fournir des informations issues des réseaux sociaux pourrait détourner une partie des voyageurs étrangers et peser lourdement sur l’économie touristique américaine.

Rédigé par VisasNews

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États-Unis : le projet de durcissement de l’ESTA inquiète le secteur du tourisme international
Illustration : Depositphotos

Les autorités américaines envisagent de modifier le programme d’exemption de visa ESTA, qui permet aux ressortissants de 42 pays de séjourner aux États-Unis sans visa pour des visites de courte durée.

Le projet prévoit notamment de rendre obligatoire la transmission d’informations relatives aux réseaux sociaux utilisés par les voyageurs au cours des cinq dernières années, en complément d’autres données personnelles déjà exigées.

Présentée comme un renforcement des dispositifs de sécurité aux frontières, cette évolution suscite néanmoins de fortes inquiétudes dans l’industrie du voyage, qui redoute une dégradation de l’image des États-Unis auprès des visiteurs internationaux.

Une étude du WTTC souligne que les évolutions envisagées de l’ESTA sont déjà connues des voyageurs

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Afin d’évaluer l’impact potentiel de cette réforme, le World Travel & Tourism Council (WTTC), qui représente les principaux acteurs mondiaux du tourisme, a commandité une enquête auprès de 4 563 voyageurs internationaux réguliers.

Les répondants sont originaires notamment d’Australie, de France, d’Allemagne, du Japon, de Corée du Sud et du Royaume-Uni, tous concernés par le programme ESTA.

Près de deux tiers d’entre eux déclarent être déjà au courant de la politique proposée, signe que le débat a largement dépassé le cercle des professionnels et des institutions. Ce niveau de notoriété élevé laisse entrevoir des effets rapides sur les intentions de voyage en cas de mise en œuvre de la mesure.

Les résultats de l’enquête montrent qu’une large partie des voyageurs perçoit cette évolution comme intrusive. Beaucoup estiment qu’elle rendrait les États-Unis moins accueillants et moins attrayants, aussi bien pour les voyages de loisirs que pour les déplacements professionnels.

Environ 34 % des personnes interrogées indiquent qu’elles seraient moins enclines à se rendre aux États-Unis dans les deux à trois prochaines années si la collecte obligatoire d’informations sur les réseaux sociaux était instaurée.

À l’inverse, seule une minorité affirme que cette mesure renforcerait son envie de visiter le pays.

Des pertes chiffrées à plusieurs milliards de dollars

Au-delà du ressenti, le WTTC a associé son enquête à des modélisations économiques détaillées.

Selon ses estimations, la baisse potentielle de la fréquentation internationale pourrait coûter jusqu’à 15,7 milliards de dollars en dépenses touristiques perdues.

Dans l’un des scénarios envisagés, les États-Unis pourraient enregistrer jusqu’à 4,7 millions d’arrivées internationales en moins dès 2026, soit une chute de 23 % des visiteurs en provenance des pays éligibles à l’ESTA. Une contraction de cette ampleur aurait des répercussions directes sur l’emploi, avec plus de 150 000 postes susceptibles d’être affectés dans l’ensemble de la chaîne touristique.

« La sécurité à la frontière américaine est vitale, mais les changements de politique prévus nuiront à la création d’emplois, à laquelle l’administration américaine accorde une grande importance », souligne Gloria Guevara, présidente du WTTC, rappelant que le secteur du voyage reste particulièrement sensible aux questions de perception et de confiance.

« Même de modestes changements dans le comportement des visiteurs, découragés par les modifications prévues, auront de réelles conséquences économiques pour le secteur du voyage et du tourisme aux États-Unis, en particulier sur un marché mondial hautement concurrentiel. », ajoute-t-elle.

Un contexte touristique déjà fragile aux États-Unis

Cette mise en garde intervient alors que le tourisme récepteur américain n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la pandémie, contrairement à de nombreuses destinations concurrentes.

Pour une majorité de voyageurs interrogés, les exigences envisagées apparaissent plus contraignantes que celles en vigueur dans d’autres grandes régions touristiques.

« Les voyageurs concernés ont d’autres destinations possibles », a déclaré Gloria Guevara lors d’une récente interview sur CNN International, « et ils considèrent que la demande d’informations sur leurs comptes de réseaux sociaux est intrusive ». « Il y a tellement d’endroits où voyager, que les voyageurs éligibles à l’ESTA choisiront une autre destination », a-t-elle expliqué.

À l’heure où les États-Unis s’apprêtent à accueillir plusieurs événements internationaux majeurs, dont des matches de la Coupe du monde de football l’été prochain et les Jeux olympiques 2028, le débat met en lumière un arbitrage délicat entre impératifs sécuritaires et compétitivité touristique, dans un marché mondial où l’attractivité se joue aussi sur la simplicité des formalités et la perception de l’accueil.

Auteur:
La rédaction de VisasNews
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